Comment désamorcer les disputes stériles !

Mis à jour : avr. 6

Les disputes suivent un schéma tristement bien connu : le mot de trop, « la phrase qui tue » et c’est l’escalade ! Nous aimerions alors tellement faire machine arrière… Nous allons voir comment désamorcer et sortir du cercle vicieux des disputes par un outil simple : les 4 positions de la communication.


Le stimulus : détonateur de dispute


Nous connaissons tous ce moment de bascule, cette phrase de trop échappée sous la colère, qui peut aller de « T’es toujours comme ça ! » en passant par « T’es bien comme ta mère ». Ces phrases sont souvent reçues avec beaucoup de violence par le partenaire.


Elles constituent un stimulus, une sorte de détonateur sur lequel l’un.e ou l’autre vient d’appuyer …


Ce schéma n'est pas une fatalité ! Il existe selon la CNV, quartes grandes positions dans la communication :


Les positions de la dispute "classique" : Le « chacal vers soi » et le « chacal vers l’autre ».


Le « chacal vers soi » et le « chacal vers l’autre » sont les positions privilégiées des disputes.

Pourquoi le Chacal ? Parce que le chacal, pour exprimer son besoin de tendresse, mord son partenaire…


« Tout jugement est l’expression tragique d’un besoin non nourri » Marshall Rosenberg

Nos besoins non nourris, que ce soit de tendresse, d’attention, d’empathie, d’écoute, de reconnaissance ou autre font bouillir en nous beaucoup d’émotions de tristesse, de peur, de colère...


Or nous n’avons bien souvent malheureusement pas appris à les accueillir.

Généralement, soit elles surgissent en flots lors des disputes et on refait tout l'historique des "dossiers" deux dernières années, soit nous compensons en les contenant sous cloche. A court terme, ce stratagème donne l’illusion d’une maitrise de soi.

Toutefois tôt ou tard, tel un ballon maintenu sous l’eau, l’émotion et le besoin non nourris rejailliront puissamment en nous sautant au visage et à celui de notre partenaire.

Cette violence explose donc sous un angle « chacal » vers soi-même ou vers l’autre selon les cas.


Même si une part de nous sait que la position "chacal" est douloureuse, une autre part de nous y trouve quelque chose de fort tentant qui nous appelle parfois viscéralement. En effet le Chacal est une stratégie qui à travers les mots durs, parfois les insultes ou les cris nourrissent d’une certaine manière notre besoin de défoulement et d’expression. Toutefois, une fois ces besoins nourris, les besoins fondamentaux d’attention, reconnaissance etc. qui étaient cachés derrière, restent quant à eux affamés…


La dispute boucle donc son cercle vicieux, sans que ni l’un ni l’autre ne parvienne à sortir de ce cycle de violence. Nous nous figeons sur nos positions avec la sensation que plus rien ne nous relie…


Pourtant nous partageons dans cette dispute l’un des besoins les plus précieux ressentis par tous les êtres humains : le besoin fondamental d’empathie envers nous-même.


Les positions d’apaisement : « l’empathie vers soi » et « l’empathie vers l’autre »


Il existe dans le modèle CNV deux autres positions essentielles qui nous permettent de sortir du mode chacal : l’empathie vers soi et l‘empathie vers l’autre (ou si vous préférez garder l’image des animaux, « les positions girafe » dont le long cou permet de prendre de la distance avec la situation, 😉).


L’empathie vers soi :


Il s’agit d’aller apporter de l’écoute et de la clarté en soi-même en contactant notre émotion.


Cette émotion correspond à un le besoin qui cherche à être nourri :




Quand j’entends « la phrase stimulus : tu es nulle / tu es comme ta mère / tu es une vraie girouette »

Je me sens « émotion** : triste / en colère/ j’ai peur / je suis surpris/ je suis fatigué… »

Puis allez chercher le besoin derrière

« Car à cet instant j’aimerais tellement/ je voudrais tant/ j’ai besoin de … soutien, de reconnaissance de ma singularité, d’exploration, contribution, considération, liberté, douceur, attention »


Il ne s’agit pas de dire à l’autre ce qu’il DOIT faire mais de sentir le manque (en creux) que vous avez et ce dont à quoi vous aspirez (en plein). Nous verrons dans un prochaine article la différence entre l’expression du besoin et la formulation d’une demande. Retrouver une liste des besoins en pièce jointe


**Attention aux jugements du chacal déguisé : « manipulé, agressé, rejeté » sous entendent que l’autre est responsable. Si globalement le mot peut être suivi de « par toi » il s’agit d’un jugement subjectif. Restez simple pour commencer et référez vous aux émotions de bases peur/colère/tristesse/joie


L’empathie vers l’autre


Dans la dispute, notre partenaire exprime maladroitement son besoin en mode chacal. L’empathie vers notre partenaire consiste à faire un pas, au-delà de la surface pour comprendre ce qui se joue en la personne et retrouver le duo sentiment/besoin qui se cache derrière les mots durs ou les cris.


Cela peut tout simplement être une question ouverte « Comment tu te sens au fond quand tu dis (phrase stimulus) ? » ou bien formuler suivant l’approche ci-dessus à savoir :

« Quand tu dis ceci (stimulus), en fait tu te sens (en colère, triste, tu as peur…) car tu as tellement au fond besoin à cet instant de… Est-ce que c’est ça ? »





Nous faisons chacun.e de notre mieux : soutien mutuel et douceur


Cette démarche peut sembler difficile quand des années de conflits sous tendent la relation. Elle peut pourtant apporter beaucoup de changement et sortir du cycle infernal chacal, si les deux partenaires s’engagent à se soutenir mutuellement dans la démarche.

Attention au piège ! Cette approche ne doit pas être retournée vers l’autre par une phrase telle que « Ah ben voilà, tu fais encore du chacal !!! ».


Avancer sur cette transformation de la communication, c’est sortir du face à face stérile et co-construire ensemble au service de la relation.


Je ne suis pas Maitre Zen, et vous non plus. Il ne s’agit pas de nous imposer de devoir toujours tout accueillir à bras ouvert et avec le sourire.


Nous pouvons en revanche mettre de la conscience sur nos mots et nos comportements en commençant par le plus important : OBSERVER SANS JUGEMENT CE QUI SE PASSE EN NOUS MEME. Observer la position dans laquelle nous nous trouvons : Chacal vers soi ? Chacal vers l’autre ?





À présent agissons en conscience : Repérer le Chacal et faire le Choix de l’empathie


Quelques indices pour repérer le chacal. Le Chacal s’exprime au travers

  • des jugements, "trop/pas assez", tranchés noir/blanc,

  • des comparaisons et dépréciations « Nulle ! Inutile ! Ça ne vaut rien ! »

  • des étiquetages « De toute façon tu es comme ceci » « tu ne changeras jamais », « C’est un colérique »

  • des généralisations ainsi que quelques mots clefs insidieux « Tu es TOUJOURS en retard », « Je ne suis JAMAIS prise au sérieux »

  • des « Tu qui TUES » : TU me fais cela, TU me fais sentir comme ceci, TU es responsable de TOUT… et l’on en oublie notre part de responsabilité. Dans toute relation il y a co-responsabilité, chacun tient un bout de la corde…


Une fois repéré le chacal, nous pouvons ensuite consciemment faire le choix de nous installer dans l’empathie, vers soi-même, puis si notre jauge d’empathie est suffisamment haute, vers l’autre.

Si notre propre jauge d’empathie n’est pas suffisamment remplie, proposons que chacun.e prenne du temps seul.e, de l’espace, pour nous offrir un temps de douceur et d’empathie envers nous-même.

Ensuite nous serons en mesure de rouvrir un dialogue plus apaisé.


Sources: Marshall Rosenberg "Les mots sont des fenêtres ou des murs"




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Annelise GUINET

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